Négresse

Critique de Fanny Cohen parue dans ELLE

« Pour notre plaisir renouvelé, Luis Mendoza retourne cette boule magique que l’on appelle roman et envoie bouler tous nos repères. Impossible de reconnaître l’envers de l’endroit, le mensonge de la vérité dans son dernière livre intitulé Négresse. Chères lectrices, entrez dans le labyrinthe de son imaginaire et vous n’en sortirez sûrement jamais plus.

Car, oui, prisonnières vous saurez, aussi envoûtées que cette jeune lectrice, Elsa Paez, dont Luis Mendoza nous raconte ici l’histoire, mêlant adroitement la fiction à la réalité. Pour la première fois, Luis Mendoza se met lui même en scène. Lui ou l’écriture? On peut se le demander tant l’intrigue se noue autour de la création, l’imitation et… la disparition.

Une  fan donc, Elsa Paez, se propose d’écrire la biographie du célèbre auteur à sa place. Celui-ci accepte à une seule condition : qu’elle se contente de ses seuls écrits intimes. Il lui est formellement interdit de recourir à des témoignages ou d’aller voir ailleurs. Il lui accorde d’être sa « négresse » à condition qu’elle ne s’attache à ne refléter que sa vie intime, la vraie vie qu’il soit selon lui. Parce que les actes ne signifient rien, l’histoire est celle qu’on imagine… même si c’est un autre que soi qui l’écrit à votre place !

Comme dans tout bon conte, la jeune fille jure et… trahit. Le châtiment est immédiat : on la retrouve noyée au fond du Lac d’Encre.

Le célèbre inspecteur Palikao part sur les traces de l’assassin et, à son tour, mène cette enquête interdite : rien d’autre que la vie de son propre auteur, Luis Mendoza ! A partir de là, la célèbre mécanique du polar érotique de Mendoza se met implacablement en place, alternant entre frissons érotiques, cadavres amoncelées et femmes disparues. On pense à Borges bien sûr dans ce jeu vertigineux entre fantasmes et réalités, à Diderot parfois, dans ce miroir incessant que l’auteur nous tend au bout du compte…

Négresse est aussi bien une quête identitaire que celle d’un roman impossible à écrire. A vous de découvrir la part du vrai et du faux dans cette complexe intrigue. A vous de décider si vous refusez avec frisson ou si vous mourrez d’envie de croire à cette vie rocambolesque que s’invente Luis Mendoza, où les femmes aimées disparaissent ou vous assassinent. Qu’importe, tant les personnages de papier que vous et moi auront beau vouloir se rebeller contre leur auteur, malheureusement, celui-ci aura toujours le dernier mot. »

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