Au bout du fil

– Eh bien, écoute, c’est très drôle ! Je ne suis pas déçu. Un peu plus et on dirait que c’est moi qui l’ai écrit. Vraiment, bravo ma chérie !

J’ai Luis au bout du fil. Il est parti depuis deux mois en tournée mondiale pour la promotion de ses livres. J’ai enfin osé lui envoyer le début de mes travaux et il me fait son premier retour…

– Vraiment, tu aimes ? Tu te reconnais ?

– Oui, c’est dingue. Même ta manière d’écrire me ressemble. On dirait que tu as emprunté ma langue. Tu es une très bonne négresse, vraiment : je vais pouvoir signer ce livre sans problème si tu continues ainsi.

– Mais ce n’est pas ce que nous avions convenu…

– Oui, oui, ce n’est pas grave. Ce qui est important pour l’instant, c’est que tu continues sur ta lancée.

– J’ai quelques questions à te poser.

– Dis-moi.

Un talon aiguille dans l’œil, tu l’as écrit avant ou après La marée rose ? Parce que c’est bizarre, ça diverge selon mes sources…

– Oh, la, la, tu m’en demandes des choses ! Laisse-moi réfléchir cinq minutes… Attends, c’est simple, chaque livre correspond à une de mes ruptures sentimentales. Voyons, j’ai quitté Nejma après avoir écrit Marée rose et Laura après Un talon aiguille. Je suis sortie avec Laura avant Nejma, donc, oui, le talon a été écrit avant…

– Laura, ta petite-amie américaine, l’ancienne miss monde ?

– Oui, c’est ça ! Ne sois pas jalouse ! La date de péremption est largement périmée maintenant…

Et Luis a ri de ce rire que j’aime autant. Quelque chose me troublait dans tout cela sans que je parvins à comprendre quoi. Cela ne me choquait nullement que Luis associât l’acte d’écrire avec celui de vengeance amoureuse post-rupture mais qu’il m’avouât ce secret si facilement, de manière si désinvolte m’inquiétait bien davantage…

– Luis ?

– Oui, mon amour. Qu’y-a-t-il ? Tu as une petite voix…

Je décidais de mentir, fis une petite croix dans ma tête : penser à recontacter toutes les ex de Luis. Oh, la, la, j’avais du travail en perspective ! Et je pris une tangente:

– Ce n’est rien. Tu sais, j’ai essayé de contacter ta femme, elle m’a envoyé sur les roses.

– Quelle bonne garce ! Elle me ravit toujours autant. T’inquiète, c’est juste son côté cerbère !

– Non, je crois qu’elle se doute de quelque chose…

– Impossible, Christine est la femme la moins jalouse que je ne connaisse ! Ce n’est pas pour rien que je l’ai épousée.

Bis repetita, un roulement de rires se déversa su moi, me chahutant bien plus que je ne l’aurais voulu…

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page