Objet: jeu de dés

E-mail de Pauline@du-hasard.com à Ovidiu@cabinet-rohmer-associes.com

Date : 21 janvier xx à 16h15

Cher Ovidiu,

Si vous n’avez ni le goût de l’aventure, ni celui des frissons ou des caresses, arrêtez immédiatement votre lecture. Elle risquerait de vous emporter dans une zone de hautes turbulences. Par contre, si vous êtes assez téméraire pour vous prêter au jeu suivant, je vous promets monts et merveilles.

Je ne soufflerai pas plus longtemps le froid et le chaud. Plaçons-nous tous les 2 sur la case départ et visons ensemble la case paradis. C’est à vous de lancer les dés.

Vous faites le 5 et le 1 ? Comme le 51 Quai des Grands Augustins, rendez-vous donc à la case du restaurant Lapérouse. Que va-t-il se passer ? Et si je vous y tendais une embuscade ? Imaginez. Vous faites votre entrée. La lumière tamisée et chatoyante, la splendeur passée du lieu, l’atmosphère intime et feutrée révèlent vos charmes naturels. C’est vrai, vous avez de l’allure, du panache, un mélange de fierté et de décontraction, un « je ne sais quoi » qui vous rend très séduisant… Cachée dans mon alcôve, je vous déshabille du regard. Vous, vous vous perdez au milieu de ce bouquet de fumets, de parfums et de rires. Ciel, comment me retrouverez-vous ? Après tout, vous ne me connaissez ni d’Adam ni d’Eve ! Allez, je vous donne un indice : la rose… En attendant, à moi de jouer !

4 et 4, ce qui fait 8. Un double, j’aurai le droit de rejouer ! Mais où suis-je ? Je tombe sur une chambre en duplex du 8 rue Navarin… Directement, à l’hôtel Amour ! Oh, non, j’ai peur ! A mon tour de feindre la timidité. Où êtes-vous ? Je pars à votre recherche et relance les dés.

2 et 1, il suffit que je fasse 3 pas et me voici tout près de la baignoire ! J’en profite pour me faire couler un bon bain chaud et plein de mousse. Quel bonheur de se prélasser, quel délice ! Ce soir, je serai belle pour vous. Me voilà retenue sur la case luxe, calme et volupté.

Vous reprenez la main. 1 et 1, comme la jolie paire de jambes que vous apercevez soudain au fond du restaurant. Vous croyez voir au loin une rose nichée au creux de ma cheville. Est-ce un tatouage ou une broderie ? Est-ce bien moi? Pour en être sûr, il vous faut remonter le long du mollet. Malheureusement, la pénombre vous en empêche. Mystère ! La partie de cache-cache se poursuit entre nous…

A moi ! Les dés me sortent un 5 : je dois tirer une carte chance. Oh, non, inondation à l’hôtel Amour ! Attention, ça mouille! Si, si, ne riez pas, je vous en prie ! A moi de démêler la situation. Pour l’heure, je suis obligée de passer un tour.

6 et 6, waouh, c’est le pactole pour vous ! D’abord, il semblerait bien que vous m’ayez trouvée au restaurant et aussitôt enlevée, moi et ma belle paire de gambettes. Où m’emmenez-vous ? Sur le toit d’une église. Vous avez décidé de me décrocher la lune ! J’ai à peine le temps de vous répondre que votre main chaude me saisit et me guide, cahin-caha, dans une escalade effrénée. Vous m’offrez alors le ciel de Paris. Vous m’enivrez de mots doux. Je rougis de plaisir. Peut-être succomberiez-vous enfin à la tentation et m’embrasseriez-vous… Oh, la, la, vous me donnez le vertige !

Un peu grisé vous aussi, vous jetez les dés : 5 et 4. Le jour se lève peu à peu avec le curé qui vient d’allumer sa lucarne juste sous nos pieds. Vite, évitez la case prison et fuyez avant qu’il ne soit trop tard ! Vous l’avez échappé belle et vous atterrissez dans le 9ème arrondissement de Paris… à l’hôtel Amour ! Viendrez-vous pour me sauver du désastre ou me précipiter dans ma chute ?

Je tire les dés : 1 et 1. J’avance et nous voilà face à face. C’est donc bien vous le coupable de mon dégât des eaux ! Quelle idée de vouloir me surprendre dans la salle de bain alors que je me déshabille ! Avec une lenteur étudiée, vous vous attachez à me détacher les lacets des bottines, un par un, tout en pestant contre mes vêtements que vous trouvez trop compliqués. Les traîtres ! Ils nous font obstacles sur notre parcours de la carte du tendre. Qu’importe, vous n’avez yeux que pour moi et mon corps presque nu, sans dessus dessous. Vous jouez avec ma jarretière avec gourmandise. Vous faites tomber une bretelle de mon soutien-gorge. Pendant ce temps, le bain coule, coule, coule et nous l’avons totalement oublié…

Mais, stop, je m’arrête. Je suis lasse de jouer ce jeu sans vous. C’est vrai, c’est ennuyeux. J’ai besoin de vous. Je n’ai plus envie de déflorer, seule, tous ces possibles qui s’offrent à nous. J’aurais beau vouloir vous écrire un manuel d’amour, tout serait encore à réinventer entre nous.

Alors, 1, 2, 3, êtes-vous prêt à venir jouer avec moi ?

Bien à vous,

Pauline

PS : rappelez-vous que vous n’avez rien à perdre ! La case enfer n’existe pas. Osez, j’ai tant de choses à vous dire…

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