Epilogue

L’ampoule du plafond grésille et nous éblouit de sa lumière crue. Je suis assis, en sueur, sur mon lit, la mère de Mara à mes côtés. Elle me passe une serviette humide sur le front pour me rafraîchir et me calmer. Dans la pièce quasi nue, nous sommes comme deux ombres, deux chouettes au regard de taupe. Impossible d’ouvrir les yeux, l’éclairage est trop cruel.

Dans cette ambiance d’interrogatoire, je lui raconte dans un murmure mon rêve. A son tour, elle me dit la simple vérité, celle qu’elle n’a pu me dire à mon arrivée. Non, il n’y a pas de père décapité ni d’assassin surgi de la nuit. Seulement Mara et son fils ont disparu. Depuis deux mois, ils n’ont de nouvelles, ni de l’un ni de l’autre. Pris en otage, assassinés ou enrôlés, tous les scénarios sont possibles.

« Depuis que tu es parti, tu sais, Mara a beaucoup changé. Elle s’ennuyait, je crois. Tu as réveillé quelque chose en elle. Quelque chose qui voulait vivre. Elle a commencé à avoir des mauvaises fréquentations, des amis clairement mêlés aux réseaux terroristes. Son visage est devenu dur et ses yeux assoiffés. Je pense qu’elle a franchi une limite, qu’elle est allée de l’autre côté, au-delà des interdits. Tu vois ? »

Non, je ne peux pas, je ne veux pas imaginer ce que la mère de Mara me dit à demi-mot. Elle continue : « et puis, ils ont pris mon petit-fils en otage et elle est partie à sa recherche. Pour ne plus revenir… »

Qui de « ils » et de « on » ? Quoi « au-delà des interdits » ? Ne pourrait-elle pas être plus explicite ? D’un côté, mes instincts journalistiques se rebellent. De l’autre, mes instincts amoureux m’anesthésient et me refusent tout accès au sens.

Je voudrais simplement dormir maintenant, m’enfoncer dans une nuit noire sans lumière et sans rêve, pour demain attendre Mara sur la terrasse avec les deux petits vieux autour d’une bière. Oui, attendons, Mara va bientôt rentrer de la ville avec son fils. Et maintenant dormons, il n’y a plus rien à faire…

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