Journal de bord d’Henry

Je suis heureux ! Mon enquête là-bas donne enfin des suites ! Voilà Le Monde français qui publie sur le même sujet et titre en une « la politique de récompenses dans la lutte contre la guérilla aurait favorisé l’assassinat de civils ! »

Et je ne suis même pas jaloux. Naïf peut-être diront certains mais qu’importe. L’information prime avant tout. Je ne résiste pas à la tentation de recopier le début de l’article : « Une directive secrète du ministère de la défense relance la polémique sur les exactions de militaires. Des militaires ont assassiné des civils. Puis ils les ont déguisés en guérilleros pour gonfler les chiffres de la lutte antiterroriste, gagner du galon et toucher les récompenses promises. Combien de crimes ont-ils ainsi été commis ? La justice a d’ores et déjà ouvert plus de 1 200 enquêtes… »

Ah, ah, mes efforts n’ont pas été vains, la vérité percera ! Je me sens plus que jamais empli de cette mission de justice et de révélation. Chevalier du journalisme ! Je résiste à la tentation d’appeler aussitôt Mara. D’abord, parce qu’il est encore trop tôt de l’autre côté de l’Atlantique. Ensuite, parce que je sais qu’elle ne partage pas le même enthousiasme que moi. Et que le dernier appel fut plutôt douloureux…

Elle m’a interdit de lui envoyer mon papier. Elle ne veut pas le lire, c’est dangereux, m’a-t-elle dit et puis son travail s’arrête là. Qu’est-ce que je veux au plus ?, m’a-t-elle demandé froidement. Patatras mon élan amoureux et mes idéaux que je croyais partagés. Rien j’ai bredouillé, et j’ai pensé tout. J’aurais voulu lui dire, je veux ton goût de pêche, ta peau, ta violente indolence, tes mouvements de reins, ta salive sucrée, ta froideur qui me rend fou de désir. Je veux tout savoir de ta vie, de ton énergie, de ton regard noir, si noir. Je veux te revoir. Je te veux.

Au lieu de tout cela, j’ai sorti la chose la plus conne au monde : « tu me manques ». Elle a ri doucement, sans cruauté, comme on se moque gentiment d’un garçon qui prétendrait vouloir épouser sa maman, et puis elle m’a raccroché au nez.

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