Lettre aérienne

Douce Mara,

Bien sûr, je suis monté dans l’avion. J’ai disparu derrière le portillon de sécurité avec ma grande gueule d’occidental sûr de lui, avide et curieux, auquel le monde appartient. Pour parfaire mon éducation, il ne me manque plus qu’à m’initier aux drames. Alors, je les poursuis comme une bête fouineuse, à la recherche perverse de son lot de merdes et de chiures humaines. C’est aussi pour ça que je suis venu dans ton pays.

Toi, tu as remis nonchalamment des lunettes noires et tu as quitté l’aéroport. Peut-être en sortant, t’es-tu allumé une clope et, dans un soupir, tu as soufflé au loin tous nos souvenirs. Flash back d’une semaine d’une expérience amoureuse accélérée. Une monade parfaite. Une vie entière : la rencontre, l’attente, le désir, son assouvissement, la surprise de notre harmonie, le bonheur tranquille, presque familial, et puis la petite mort, suivie de mon départ.

Je n’ai pas peur des mots. Il témoigne de ma présomption de riche, comme tu dis, mais aussi de mon incapacité à goûter ce qui est. Ils me rassurent aussi, me permettent de t’asseoir à mes côtés parmi les 250 autres passagers qui respirent le même air aseptisé de cet avion qui m’arrache à toi.

Pas de regret, pas de nostalgie, toi, tu n’en as pas le temps. Tu es aussitôt montée dans un bus bondé, bien décidée à défendre ta vie, coûte que coûte, au jour le jour. Pas le temps de t’encombrer de promesses et d’espoirs. Ca ne sert à rien. Le beau journaliste n’est plus là, tu n’as plus à jouer à la guide-interprète-initiatrice, je n’existe plus. C’est aussi simple que cela. Tu as un fils à nourrir et à protéger. Ce ne sont pas des vains mots pour la mère guerrière que tu es 😉

Je pense n’avoir rien compris à toi, Mara, et c’est ce mystère qui me retient, qui me fait t’écrire aujourd’hui. J’espère que tu recevras cet e-mail et qu’à l’occasion tu voudras bien m’envoyer un signe de vie. Ca me suffit. Tu n’as rien à donner, ok, eh bien, moi, j’ai tout à te prouver.

Reste ce soleil noir que j’ai connu et qui a ravagé mon cœur,

A bientôt douce Mara,

Henry

PS : je t’envoie prochainement mon article sur l’enquête que tu m’as aidé à mener. Je t’envoie aussi un numéro de code pour retirer l’argent que je te dois encore à Federal Express. Accepte-le s’il te plait, il te revient de plein droit. Sans toi, je serais resté à la surface des apparences et serais reparti bredouille, la queue entre les jambes…

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