Mara

Je la regarde. Elle est là, assise à mes côtés, insouciante. Son doigt tourne et tourne, dessinant les contours de son verre de bière.  L’avion ne partira pas tout à l’heure et je ne monterai pas à bord. Le travail n’existe pas. Je n’ai plus d’ambition, plus d’autres envies que Mara. Et paf, le temps s’est arrêté pour moi en plein cœur.

Je passe ma main dans ses longs cheveux noirs, caresse sa nuque, joue avec sa petite frange de rat et m’en moque encore une fois. Sa poitrine se soulève, ses yeux brillent, ses pommettes s’arrondissent, Mara rit pour moi. Son visage m’est définitivement étranger. Je ne reconnais pas cette douceur ronde, ces yeux amandes, ces lèvres charnues presque africaines, cette peau dorée. J’y vois d’autres ancêtres que les miens, d’autres rêves végétaux et d’autres secrets terriens enfouis. Cela me cloue au sol.

Je ne connais Mara que depuis une semaine et, là, dans ce lieu le plus neutre au monde, sous la climatisation trop forte, dans ce café d’aéroport, je lui promets de revenir la voir, de lui écrire. Elle ne dit rien, agite sa ribambelle de bracelets, tapote ses bagues de pacotille et contemple ses mains aux ongles rouges de guerrière. Elle ne me croit pas, elle sourit pour me faire plaisir, trop habituée sûrement aux promesses que les hommes ne tiennent pas.

J’insiste. Si, je reviendrai. Je m’arrangerai pour que le boulot m’envoie. Il y a des tonnes de reportages à faire ici, je les convaincrai. Et puis, nous irons de nouveau pique-niquer tous ensemble, au bord de la rivière, avec ses parents et son fils, comme ce dimanche dernier.

« Les passagers à destination d’Amsterdam sont attendus à la porte 53 ; l’embarquement va commencer pour les rangs 23 à 45… »

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page