Le fantôme

Ce que tu ne veux pas, c’est que je vienne visiter tes rêves.

La nuit est réservée au repos, alors que les âmes errantes comme moi aillent chercher ailleurs un défouloir.

A cela je n’ai rien à répondre, si ce n’est ma peine et ma nostalgie de ta peau.

Ici je m’ennuie tant, c’est vraiment mortel, tu sais, l’infini.

Réduit à lécher les vitres glacées qui séparent l’au-delà de votre monde.

Ecoute donc ma prière de vieux clown.

Laisse-moi te hanter au moins une fois.

Adieu est un mot trop définitif et vain, une passoire à travers laquelle coulent les larmes des vivants et les regrets des morts.

Mon caveau est froid et fourmillant de vers de terre.

Oh ce n’est pas pour me déplaire : les vers, c’est plein de vitamines et de toute façon je n’ai jamais aimé la chaleur.

Tout ce qui me manque, c’est le rythme, les accidents, les ratés ou bien encore tes sourires après une colère.

Tu pourrais donc m’ouvrir la fenêtre de tes songes quand je viens y toquer, c’est si triste de toujours rester au vestiaire.

Et puis si ma pauvre complainte t’exaspère tant, vas-y : oublie-moi et jette moi aux orties.

– « Encore la même ritournelle, tu ne fais que de te répéter.

– Toc, toc, toc.

– Tu devrais la laisser tranquille vieux, c’est fermé : tu vois bien qu’elle rêve ailleurs.

– Oh, non. Mais je ne sais plus où errer, moi.

– Ah ça, il fallait y penser avant.

– La vie de fantôme, ce n’est plus ce que c’était.

– Eh oui, même là, les contrats sont à durée déterminée. Regarde-moi : je suis obligé d’accueillir toutes les nuits des fantômes inconnus sans domicile fixe. D’ailleurs, t’es qui toi ? J’ai l’impression de te connaître… Qui cherches-tu donc à hanter ?

– Si tu crois que je vais te le dire comme ça, tu rêves !

– Change de manière fissa vieux ou tu ne feras pas faire long feu chez moi ! »

Mais Ajit ne put en savoir davantage. Il se réveilla brusquement, couvert de sueur et la gorge en feu… Six heures du matin, déjà ! Douche, habillage, fissa, il devait se rendre chez Prune ! Heureusement, le froid matinal l’aida à se détacher de sa vision de la nuit…

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