A la porte !

La suite ? Mon père dragua de manière éhontée Eva tout au long du repas, oscillant entre l’humour post-colonialiste et les blagues salaces. Eva pouffait, gênée, ne comprenant qu’un mot français sur deux. Moi, à chaque nouvelle attaque déplacée, je plongeais dans mon assiette pour ne pas voir Tristan me mitrailler du regard, me suppliant d’intervenir. Malheureusement, quand mon père commença à faire du pied malencontreusement à Tristan sous la table, il ne put plus se contenir :

– Bon, ça suffit ! Dites-lui carrément qu’elle est aussi jaune qu’un œuf dur et que vous aimeriez bien y mettre votre mayonnaise !

– Pardon ? Vous avez parlé ?

– Oui, Monsieur, j’ai parlé ! J’aimerais que vous cessiez n’importuner Eva ! Cessez de la badigeonner de vos sales remarques de macho revenu des Indes Anglaises !

– Mais qui êtes-vous pour me parler ainsi ? Il joue au petit justicier, le petit Tristan ? Calmez-vous un peu, tout ce que vous savez faire, c’est de tuer votre mère. Sale vermisseau !

– Vous dites n’importe quoi. Je crois qu’il serait mieux que vous partiez.

– Jusqu’à nouvel ordre, je suis chez moi, je vous rappelle !

– Non, vous êtes chez votre fille et ça n’a rien à voir !

Moi, je ne disais rien, contrite. Je faisais le gros dos comme à mon habitude. Mais j’eus beau me transformer en autruche, j’entendis néanmoins les cris s’élever, les assiettes se casser et les chaises grincer. Les deux mâles de la pièce étaient désormais debout, comme deux bœufs fumant prêts à se rentrer dedans. Eva s’était planquée dans la cuisine et braillait en chinois dans son téléphone. C’est alors que Papa dit :

– Vous voulez que je parte ! Ok, mais par la fenêtre, je vous préviens !

La menace d’auto défénestration était plus stupide que réelle –j’habite au premier étage d’un immeuble haussmannien… – mais elle eut le mérite de me réveiller de ma léthargie. Et ce fut à mon tour de hurler :

–  Dehors ! Vous sortez tous maintenant. Je ne veux plus voir aucun d’entre vous. Eva, Tristan, Papa, allez tous les trois, à la porte ! Laissez-moi tranquille…

On m’avait comme oubliée. Eva était de toute façon déjà sur le départ. Quant à mon père et Tristan, ils furent plus surpris qu’effrayés par ma mise à la porte. Leur excès de furie belliqueuse fut dès lors désamorcée et ils s’habillèrent comme de tendres agneaux. Mon père me claqua la bise : « je t’appelle tout à l’heure, ma petite fille », et sortit. Tristan tenta de rester :

– Je comprends Diane ce que tu éprouves. Si tu veux, on peut en parler…

– Non, désolée, Tristan, pas cette fois-ci. J’ai besoin d’être seule. Sors s’il te plait.  Tu sais, il y a d’autres justices que la tienne….

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