Porto

J’avoue, ça me plaisait plaisir de jouer la bête. Bien sûr, rien n’aurait dû passer cette manière. Il y a toujours des milliards de solutions face à un problème. Pour une fois, j’avais choisi la plus improbable mais aussi la plus évidente. Suite à une arnaque, j’avais délibérément transformé mon appartement en squat.

Tout ceci était provisoire, comme je l’avais dit à mon père, le temps de permettre à Eva et à Tristan de se retourner. Pour la première fois, je laissais le hasard s’introduire dans ma vie et s’il m’avait d’abord fait peur -deux intrusions nocturnes, c’était quand même beaucoup !-, à l’heure du déjeuner avec mon père, il me ravissait. Enfin, je n’étais plus seule pour affronter le colosse… Mais avant d’aller plus loin, revenons à ce déjeuner dominical…

– Ce que je pense ma fille, c’est que tu es en train de me jouer une adolescence totalement déplacée ! Tu sais, je m’en fous de ce que tu fais de ta vie. Si ça te fait plaisir de t’encombrer de parasites, de ne même plus avoir d’espace intérieur, tant mieux ! J’applaudis ta grandeur d’esprit et ta magnanimité, mais je te préviens : mon doigt à couper que ces deux-là seront encore là la semaine prochaine, et encore la semaine d’après, et encore la semaine d’après…

– Tu es jaloux ?

– Non, réaliste !

C’est à ce moment qu’Eva revint de la cuisine, triomphante : « et voilà, les petites carottes coupées à la façon Shanghaï ! » Son accent nasillard était aussi adorable que ses manières exquises et surannées. Elle posa son assiette sur la table du séjour et nous pûmes admirer un immense nénuphar orange.

– Waouh ! C’est un vrai feu d’artifice !

Tristan amena les portos sur un plateau et nous trinquèrent tous à Mr Hanozodor qui nous avait réuni ce dimanche. Après sa première gorgée, mon père commença à se décrisper, ce qui n’était pas forcément bon signe : le pire était encore à venir…

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