Porte ouverte

Pour l’heure, je me blottis sous la couette, bien au chaud dans mon lit. Je fais un récapitulatif du jour et tente de trouver les cinq événements dont je dois me féliciter. C’est ma prof de yoga qui m’a appris cela : « tous les soirs, avant de te coucher, Diane, quoiqu’il arrive, tu trouves cinq faits positifs qui ont illuminé ta journée et tu dis merci. Tu verras, même dans la journée la plus ratée, il y a toujours de la paix et de la lumière qui émergent. »

Chacun se raccroche à ce qu’il peut. Moi, mes branches, ce sont cinq événements positifs que je m’obstine à recenser chaque jour. Comme si j’avais besoin de ce décompte d’apothicaire pour qu’ils pussent exister. Ou tout simplement cela me permet de m’endormir sans égrener tout ce qui ne va pas dans ma vie. Après tout, chacun invente ses moutons pour s’endormir.

Je me remercie donc pour mes dix heures de travail bien fait, mes courses au Monoprix à l’heure de pointe et mon coup de fil, patient, à mon père ce soir. Je dis aussi merci pour le sourire de Maria la concierge ce matin et la délicieuse soupe au potiron servie à la cantine ce midi. Et je m’endors sereine.

Certains volent dans leurs rêves, moi je tombe sans fin d’une cascade, aussi légère et invincible que les rapides. L’eau m’enveloppe, me caresse et me protège de la fureur de sa chute. C’est bon, tout coton. Soudain, le son jusqu’alors assourdi devient dolby stéréo et m’arrache les oreilles. J’entends un violent cliquetis comme le bruit d’une clef ouvrant une porte, puis le grincement strident d’une poignée…

Lumière aveuglante. Je hurle.

Là, devant moi, un homme inconnu se dresse au pied de mon lit.

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