Troisième acte

Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les fleurs de bleuets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inutile d’y jeter l’ancre, et qu’il faudrait y entasser une quantité infinie de tours d’églises les unes sur les autres pour mesurer la distance du fond à la surface.

Ca, c’était avant, maintenant la porte est en verre, elle ne la voit pas, elle s’y cogne. Face contre verre. Splash… Les larmes, elle les ravale. Comme sa face plus tard, comme quand elle sera vieille. Elle fait quoi maintenant ? Le bleu tourne si vite au rouge. Elle prend ses deux mains l’une contre l’autre et les met à son oreille pour de nouveau entendre le bruit de la mer. Histoire d’être bercée.

Elle pense alors à là-bas et se console. « Des portes transparentes en verre que tu ne vois pas, ne t’en fais pas, tu t’en prendras d’autres. Et chaque fois, tu te relèveras, c’est tout. Tu en trouveras d’autres, des portes qui s’ouvrent…Rien n’est lisse et ne coule, c’est ainsi. »

Elle se remet debout, dans ce labyrinthe tout en verre et miroir. Elle s’en sortira. Elle serre les poings dans les poches, y trouve encore un peu de sable et part à la recherche de coquillages perdus…

Tout près des côtes, l’eau est épaisse comme la boue, grasse d’écume, mais si rapide qu’il serait inutile de vouloir l’attraper, et qu’il faudrait une quantité de bouteilles en verre pour y enfermer le bouillon de la mer.

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