Elena

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Dimanche après-midi, au parc

Ralf est avec sa petite amie ELENA, jolie blonde pulpeuse de son âge. Ils sont assis sur une nappe posée sur l’herbe. Pique-nique. Elena est de bonne humeur, taquine, vive. C’est elle qui a préparé tous les petits mets. Il y a du monde dans le parc : des familles et des amoureux. C’est léger et, en même temps, on sent que tous gardent un œil sur l’autre les uns sur les autres.

- Alors, c’est vrai, tu l’as eu ?

- Oui.

- Alors, ça fait quoi ?

- Quoi ?

- Ben, de tuer ?

- Rien, je n’ai fait que mon métier.

- Oh Ralf, tu n’es pas drôle ! Arrête de tirer cette tête ! On est là pour s’amuser.

Il l’embrasse pour s’excuser. Sérieux :

- Cela n’a rien de drôle, Elena. C’est tout. Ca aurait pu être aussi bien toi ou moi.

- Parle pour toi. Je n’irais jamais me mettre exprès dans la gueule du loup ! Et puis, de toute façon, de loin, tu ne me reconnaîtrais même pas, tu me tirerais dessus comme un autre.

Elle rit. Il regarde autour de lui, méfiant.

- T’es vraiment bête.

- Non, fataliste, c’est tout. Je m’accommode. Comme tout le monde ici. Bon, et alors, tu n’as rien pour moi ?

- Quoi, rien pour toi ?

- Je sais, tu as une récompense. Alors t’as pensé à moi ?

- Euh non…

- Je vois. Tu ne m’aimes plus, c’est ça ?

- Mais non…

- Alors ?

Ralf fouille dans sa veste et lui tend le walkman.

- Tiens, je voulais te faire une surprise.

- Oh merci ! T’es un amour. Tu viens dormir ce soir à la maison ?

- Je ne peux pas, j’ai une relève très tôt demain. C’est plus pratique chez Maman.

- Oh tu n’es vraiment pas drôle !

Nuit, rêve de Ralf

Remake du clip de Mickael Jackson : Billie Jean is not my love.

Ce sont les scènes de la fin. C’est Ralf qui est dans la peau de Mickael Jackson désormais. Comme lui, il monte un escalier extérieur pour s’introduire dans un appartement. Encore une fois, le décor du Bronx a été remplacé par le décor des rues de la RDA année 1989. Comme dans le clip, une voisine l’épie et appelle les flics. Ralf-Mickaël s’introduit dans la chambre, un grand lit blanc lumineux, un corps enfoui sous la couverture, des cheveux blonds dépassent. On devine Elena. Il s’allonge à ses côtés.

Le type louche avec son imper et ses épaisses lunettes de soleil qui le suit fait son apparition dans la rue. Il a pris l’apparence de Chris. Sous son chapeau, on reconnaît son bandage écarlate. La voisine lui désigne du doigt l’escalier où est monté Ralf-Mickael auparavant. Il la remercie d’un mouvement de tête et y monte à son tour. Derrière son dos, la voisine se précipite de nouveau vers son téléphone.

Chris-détective entre par la fenêtre de la chambre. Il découvre le grand lit blanc et les deux corps allongés l’un contre l’autre. Il tire sur le drap. Elena, surprise, a juste le temps de cacher sa nudité. Ralf-Mickael se retourne vers l’intrus, les deux hommes se regardent et dévisagent, Chris tend un pistolet dans sa direction. Il s’apprête à tirer quand des policiers surgissent et l’immobilisent par derrière. Elena hurle. Les flics arrêtent tout ce petit monde.

Alarme. Ralf se réveille brusquement.

Entre les deux murs. Ronde des gardes du mur, levée du jour

Ralf est avec un autre garde plus âgé, FRANCK. Ils essaient de se réchauffer les mains en les frottant l’une contre l’autre. Ils discutent pour tromper le froid. De la brume s’échappe de leur bouche.

FRANCK

- Alors il paraît que tu vas monter en grade ?

RALF

- Non, je crois pas.

- Attends, je les connais. Tu vas avoir ta petite cérémonie et ta médaille. On a besoin de héros nationaux en ce moment.

Il lui tape une claque dans le dos, viril.

- Je ne vois pas ce qu’il y a de glorieux à tirer sur l’un des siens.

Le garde se tait, surpris. Enregistre ce trait d’esprit divergent.

- En tout cas, moi, j’aurais demandé que ça de l’avoir au bout du fusil. C’est bien ma veine, jamais là quand il le faut.

- Ouaih, la preuve, tu t’es trompé de côté.

- Oh la, petit, t’es mal réveillé ce matin. Fais gaffe à ce que tu dis.

- Ca va, je sais, je sais, je ne suis pas né de la même pluie, c’est bon.

Franck voit quelque chose au loin.

- Je vais aller pisser, tu surveilles ?

- Oui.

Ralf observe le rien devant lui. Un autre mur cinquante mètres plus loin, des fils barbelés. Il sent une présence à ses côtés. Franck serait-il déjà revenu ? Il tourne la tête, c’est Chris avec son bandeau ensanglanté. Il l’engueule.

CHRIS

- Pourquoi tu lui as donné mon walkman ?

RALF

- Elle m’a pris au dépourvu, désolé.

On aperçoit au loin Franck parler à un garde du côté ouest et faire des échanges sous le manteau.

CHRIS

- Tout se négocie, je vois. Il n’y a que moi qui a été trop con de tout vouloir, d’un coup.

Ralf se tait

CHRIS

- Il t’aurait fallu combien pour ne pas me tirer dessus ?

Ralf ne répond pas.

CHRIS

- T’aurais pas dû lui donner mon walkman…

RALF

- Je suis désolé, je te dis. Ca va !

Franck revient. Chris disparaît aussitôt.

FRANCK

- Tu parles tout seul, petit ?

- Ouaih et toi, les affaires fonctionnent ?

Franck empoigne Ralf violemment.

- Ecoute, tu ne dis rien et je ne dis rien. Et tout le monde est content, d’accord ?

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